Remettre un poisson-chat à l’eau : pourquoi c’est interdit

Écrit par

Laurent Moreau

Laurent Moreau

Auteur, Pêche des Saules

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Temps de lecture : 17 min

Points clés à retenir

  • Remise à l’eau interdite : le poisson-chat (Ameiurus melas) est classé espèce exotique envahissante.
  • Transport vivant prohibé : tout individu capturé doit être tué avant déplacement.
  • Appât interdit : le poisson-chat ne peut être utilisé comme vif, ni mort.
  • Risque écologique réel : la prolifération de l’espèce menace le brochet et les poissons autochtones.

Vous venez de ferrer un poisson-chat au bord d’une rivière. Votre premier réflexe serait de le relâcher ? C’est interdit, et la réglementation est claire. Beaucoup de pêcheurs le remettent à l’eau sans le savoir, participant à la progression d’une espèce exotique envahissante qui menace les écosystèmes d’eau douce. Dans cet article, je vous explique la règle exacte, les raisons écologiques qui la justifient et les gestes à adopter après une capture.

Peut-on remettre un poisson-chat à l’eau ? La réponse courte

Non. Le poisson-chat est classé espèce exotique envahissante et espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques. Il est donc interdit de le remettre à l’eau, de le transporter vivant ou de l’utiliser comme appât. Tout individu capturé doit être tué avant transport.

Je vais être direct : quand on me demande si on peut relâcher un poisson-chat, je réponds non sans hésiter. Cette espèce ne bénéficie d’aucune exception, même dans le cadre d’un parcours no-kill. La remise à l’eau du poisson-chat est une infraction, quelle que soit la situation. C’est une règle que j’explique souvent aux pêcheurs qui débutent, parce qu’elle va à l’encontre du réflexe naturel de préserver le poisson.

La règle officielle en 30 secondes

  • Remettre à l’eau : interdit, même si le poisson semble blessé.
  • Transporter vivant : interdit, dans un seau ou une bourriche.
  • Utiliser comme appât : interdit, vivant ou mort.
  • Tuer immédiatement : obligatoire avant tout transport.

À retenir : capturez, sortez, ne relâchez pas. C’est la consigne à appliquer à chaque poisson-chat pêché.

Mais pourquoi une règle aussi stricte ? La réponse tient dans la biologie de l’espèce et dans son histoire. Voyons cela en détail.

Gros plan d'un poisson-chat dans une main de pêcheur, remise à l'eau interdite

Pourquoi le poisson-chat est-il interdit de remise à l’eau ?

Le poisson-chat n’est pas un poisson comme les autres. Pour comprendre pourquoi il est interdit de le remettre à l’eau, il faut s’intéresser à son parcours, à son mode de vie et aux dégâts qu’il cause. C’est un dossier que je connais bien, pour avoir passé des heures au bord des étangs à observer ce petit poisson trapu.

Une espèce introduite en France en 1871

Le poisson-chat est originaire d’Amérique du Nord. Il est arrivé en France en 1871 après s’être échappé des bassins du Muséum national d’histoire naturelle, selon la fédération de pêche du Var. Depuis cette date, l’espèce a colonisé une grande partie des eaux calmes du territoire, des canaux de l’Est aux étangs du Sud.

Quand je me promène le long d’un canal et que je vois un poisson-chat frétiller en surface, je pense toujours au chemin parcouru par cette espèce : plus de 150 ans après son arrivée, elle est présente presque partout. C’est exactement ce qui inquiète les gestionnaires de milieux aquatiques.

Un omnivore vorace et très prolifique

Le poisson-chat possède des caractéristiques biologiques qui en font un redoutable colonisateur. Il est omnivore, ce qui signifie qu’il consomme aussi bien des invertébrés que des petits poissons, des œufs et même des débris végétaux. Il s’adapte à toutes les situations alimentaires.

Sa reproduction est également impressionnante. Une femelle poisson-chat peut déposer environ 5 000 œufs lors du frai qui a lieu en mai-juin, précise Anigaido (page consultée en 2026). En comparaison, une perche commune en dépose quelques centaines de milliers, mais elle pond dans des conditions bien plus exigeantes. Le poisson-chat, lui, résiste au manque d’oxygène et à la chaleur, ce qui lui donne un avantage certain sur les espèces locales.

CaractéristiqueDétail chiffré
Taille moyenne20 à 30 centimètres
Poids recordEnviron 1 kilogramme
Durée de vie6 à 7 ans
Ponte annuelleEnviron 5 000 œufs
HabitatEaux calmes et chaudes

Les impacts documentés sur les espèces locales

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais ce qui intéresse les écologues, ce sont les conséquences concrètes. Des études citées par la fédération du Var montrent une diminution de la survie du brochet et une compétition alimentaire avec les espèces autochtones. Le poisson-chat consomme les mêmes proies que les juvéniles de brochet, et il le fait en plus grand nombre.

J’ai vu des étangs où la population de poissons-chats représentait plus de la moitié des captures. Dans ce type de contexte, les autres espèces finissent par disparaître ou par migrer. Ce n’est pas une théorie : c’est une réalité que les gestionnaires constatent chaque année.

Qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante ? Une espèce introduite hors de son aire de répartition naturelle, qui provoque des impacts négatifs sur la biodiversité, l’économie ou la santé. Le poisson-chat entre exactement dans cette définition.

La réglementation repose donc sur un constat écologique solide. Voyons maintenant les textes précis qui encadrent cette interdiction.

Quelle est la réglementation exacte en France en 2026 ?

Beaucoup de pêcheurs me demandent quelle est la source de cette interdiction. Je les comprends : on n’aime pas appliquer une règle sans savoir d’où elle vient. Voici les textes de référence.

Les textes à connaître : code de l’environnement et listes européennes

Le poisson-chat est classé « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » et « espèce exotique envahissante ». Cette double classification le place dans une catégorie très surveillée par le code de l’environnement. S’ajoutent à cela les listes européennes des espèces exotiques envahissantes, qui imposent aux États membres de prendre des mesures de gestion strictes.

La réglementation française sur les poissons considérés comme nuisibles a évolué au fil des années. Le poisson-chat figure parmi les espèces concernées, aux côtés d’autres poissons comme la perche soleil ou le pseudorasbora. Son classement en espèce exotique envahissante signifie que sa détention, son transport et sa remise à l’eau sont réglementés.

Ce que change la loi biodiversité de 2016

La loi biodiversité de 2016 a introduit une nuance importante dans la gestion des poissons nuisibles. Depuis cette loi, la remise à l’eau des poissons classés nuisibles sur le lieu de pêche n’est plus incriminée si elle est immédiate et si elle ne concerne pas une espèce exotique envahissante. C’est le point clé : le poisson-chat étant sur la liste EEE, il ne bénéficie d’aucune exception.

Cette disposition est souvent mal comprise. Beaucoup de pêcheurs pensent que la remise à l’eau immédiate est toujours autorisée pour les poissons dits nuisibles. C’était vrai avant 2016 pour certaines espèces. Mais le poisson-chat, lui, n’a jamais été concerné par cette tolérance.

Les sanctions encourues en cas de non-respect

La remise à l’eau d’un poisson-chat est une infraction. Le montant de l’amende dépend du régime de sanctions applicable aux espèces exotiques envahissantes, prévu par le code de l’environnement. Le transport d’un individu vivant ou son utilisation comme appât sont également sanctionnés.

Je ne vais pas faire un tableau des montants exacts, car ils dépendent du contexte et de l’appréciation des autorités. Mais disons que l’addition peut être salée. Ce n’est pas le genre de rappel de règle qu’on apprécie au bord de l’eau.

ActionCe que dit la règle
Remettre à l’eauInterdit, même en no-kill
Transport vivantInterdit
Utiliser comme appâtInterdit, vivant ou mort
Laisser sur la bergeDéconseillé, consigne locale à suivre
Emporter mortAutorisé si consommable et réglementation locale respectée

Avertissement : même en no-kill, le poisson-chat ne peut pas être relâché. Le no-kill consiste à remettre le poisson à l’eau vivant. Pour une espèce exotique envahissante, le no-kill n’existe tout simplement pas.

La règle est donc claire. Passons maintenant au terrain : quels gestes adopter concrètement quand cette espèce vient mordre à l’hameçon ?

Capture accidentelle : que faire d’un poisson-chat une fois sorti de l’eau ?

Vous êtes au bord d’un étang, votre flotteur s’enfonce, vous ferrez et vous ramenez un poisson-chat de 25 centimètres. Que faites-vous ? C’est la situation classique, et elle demande une réponse précise. Voici le protocole que j’applique et que je recommande aux pêcheurs de suivre.

Les gestes à adopter immédiatement

  • Sortir le poisson de l’eau et le maintenir hors de l’eau.
  • Le tuer immédiatement, avant tout transport ou manipulation inutile.
  • Ne pas le remettre à l’eau, même s’il paraît petit ou blessé.
  • Ne pas le laisser agoniser sur la berge.
  • Le transporter uniquement mort, dans un sac ou une glacière.

La mise à mort doit être rapide et respectueuse. On ne laisse pas un poisson souffrir lentement sur l’herbe. Un coup sec et précis sur la nuque est la méthode la plus courante. Certains utilisent un percuteur, d’autres une pince adaptée. L’essentiel est d’agir vite et proprement.

Peut-on emporter un poisson-chat mort pour le manger ?

Oui, c’est une option tout à fait envisageable. Le poisson-chat se consomme, et certaines personnes apprécient sa chair blanche et fine. J’ai déjà goûté des filets de poisson-chat cuits au four, avec un peu de citron et d’ail. C’est très correct, surtout quand le poisson provient d’une eau propre.

Il faut simplement respecter la réglementation locale sur la consommation et le transport. Le poisson doit être mort avant d’être déplacé. Si vous préférez ne pas le consommer, renseignez-vous auprès de la fédération de pêche de votre département pour connaître la consigne locale de gestion des cadavres.

Les erreurs à éviter : berge, poubelle, transport vivant

  • Ne pas le déposer sur la berge pour qu’il meure tout seul. C’est à la fois cruel et contraire à l’esprit de la réglementation.
  • Ne pas le jeter dans une poubelle publique sans vérifier les consignes locales. Certaines communes disposent de dispositifs spécifiques.
  • Ne pas le transporter vivant dans un seau ou une bourriche. C’est une infraction, même si vous avez l’intention de le tuer plus tard.

Avertissement : la remise à l’eau est une infraction, même si le poisson paraît blessé. Je comprends la tentation de relâcher un poisson mal en point. Mais l’espèce est classée, et la règle ne laisse aucune place à l’interprétation.

Le poisson-chat n’est pas le seul concerné par ces restrictions. D’autres espèces partagent le même statut et la même consigne. Faisons un tour d’horizon.

Pêcheur au bord d'une rivière avec un poisson-chat, ne pas remettre à l'eau

Poisson-chat, perche soleil, pseudorasbora : quelles autres espèces sont concernées ?

L’interdiction de remise à l’eau ne concerne pas uniquement le poisson-chat. Plusieurs espèces exotiques envahissantes posent problème dans les eaux douces françaises. En connaître la liste permet d’adapter son comportement au bord de l’eau.

Les espèces exotiques envahissantes à connaître

La perche soleil ne peut pas être remise à l’eau. C’est la même règle que pour le poisson-chat. La gambusie, ce petit poisson vivipare utilisé autrefois pour lutter contre les moustiques, est également classée EEE. Le pseudorasbora, importé d’Asie dans les années 1980, complète la liste des poissons concernés. Je mentionne aussi les écrevisses exotiques comme l’écrevisse de Louisiane, qui font l’objet de restrictions du même ordre.

EspèceStatutConsigne
Poisson-chatEEETuer immédiatement, ne pas relâcher
Perche soleilEEETuer immédiatement, ne pas relâcher
GambusieEEETuer immédiatement, ne pas relâcher
PseudorasboraEEETuer immédiatement, ne pas relâcher
Écrevisses exotiquesEEEConsulter la réglementation locale

La grémille, un poisson souvent confondu

Beaucoup de pêcheurs confondent le poisson-chat juvénile avec la grémille. C’est une erreur compréhensible, les deux espèces ayant une silhouette trapue et des couleurs sombres. La grémille est pourtant une espèce autochtone. Elle n’est ni nuisible, ni indésirable, et sa remise à l’eau est tout à fait autorisée. Quand je pêche dans le Sud et que je croise une grémille, je peux tranquillement la laisser repartir.

Autre confusion fréquente : celle entre le poisson-chat et le silure. On les intègre tous les deux dans la grande famille des poissons à barbillons, mais ils n’ont pas grand chose à voir. Regardons ça de plus près.

Poisson-chat et silure : ne confondez pas les deux espèces

Le poisson-chat et le silure sont souvent cités ensemble dans les discussions de pêche. Pourtant, ce sont deux espèces bien distinctes, avec des tailles, des allures et des statuts réglementaires différents.

Les caractères distinctifs du poisson-chat et du silure

La confusion entre le poisson-chat (Ameiurus melas) et le silure glane (Silurus glanis) est fréquente chez les débutants. Le poisson-chat mesure généralement 20 à 40 centimètres, tandis que le silure peut dépasser 2 mètres. Le poisson-chat possède une nageoire adipeuse caractéristique. Le silure, lui, a une tête large et aplatie, avec une bouche immense et deux barbillons longs.

CaractèrePoisson-chat (Ameiurus melas)Silure glane (Silurus glanis)
Taille adulte20 à 40 cm1 à 2,5 mètres
BarbillonsLongs, deux pairesDeux barbillons longs
AllureTrapu, foncéAllongé, tête large
Statut réglementaireEEE, remise à l’eau interditeRègles locales à vérifier

Le statut réglementaire du silure en question

Le silure n’a pas le même statut que le poisson-chat. Selon les secteurs, il peut être soumis à des règles de gestion spécifiques. Dans certaines rivières, des arrêtés préfectoraux encadrent les captures. Je préfère être prudent et vous inviter à consulter la fédération de pêche de votre département avant de relâcher un grand silure. La règle n’est pas la même selon les contextes.

Les questions que je reçois le plus souvent concernent les cas concrets et les sanctions. Je réponds aux principales interrogations dans cette section.

Questions fréquentes

Peut-on remettre un poisson-chat à l’eau ?

Non, c’est interdit. Le poisson-chat est classé espèce exotique envahissante ; il doit être tué immédiatement après la capture et ne doit pas être rejeté vivant.

Quelle amende pour remettre un poisson-chat à l’eau ?

La remise à l’eau d’un poisson-chat est une infraction. Le montant de l’amende dépend du régime de sanctions applicable aux espèces exotiques envahissantes ; il vaut mieux connaître la règle exacte pour ne pas la recevoir.

Peut-on utiliser un poisson-chat comme appât ?

Non, l’utilisation du poisson-chat comme appât vivant ou mort est interdite. Le transport vivant d’un poisson-chat est également prohibé.

Doit-on tuer un poisson-chat attrapé par accident ?

Oui, si vous pêchez un poisson-chat, vous devez le maintenir hors de l’eau et le tuer avant tout transport. Ne le laissez pas agoniser sur la berge.

Peut-on remettre un poisson-chat dans une eau privée ou un étang ?

Non, l’interdiction vise la dissémination de l’espèce. Même en eau privée, la remise à l’eau comme toute introduction d’espèce exotique envahissante est réglementée.

Quelles autres espèces ne peuvent pas être remises à l’eau ?

La perche soleil, la gambusie, le pseudorasbora et certaines écrevisses exotiques font également l’objet d’interdictions de remise à l’eau. La grémille, elle, n’est ni nuisible ni indésirable.

En cas de doute : contacter la fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique. Les agents sont là pour répondre et accompagner les pêcheurs.

Conclusion : un réflexe à adopter pour protéger les cours d’eau

En résumé, la règle ne souffre aucune exception. Il est interdit de remettre un poisson-chat à l’eau en France, quelle que soit la situation. Le poisson-chat est classé espèce exotique envahissante et espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques. Tout individu capturé doit être tué avant transport, et il ne doit pas être laissé sur la berge ni remis à l’eau.

Je conclus avec une image que j’aime bien : celle d’un étang en équilibre, où chaque espèce trouve sa place. Le poisson-chat, lui, prend plus que sa place. Il en vole aux autres. Quand vous pêchez un poisson-chat, vous participez concrètement à la protection des espèces locales en appliquant la règle.

Souvenez-vous de ces trois gestes pour vos prochaines sorties : capturez, sortez, ne relâchez pas. Et partagez la règle avec les autres pêcheurs autour de vous. Plus nous serons nombreux à bien faire, moins cette espèce aura de chances de s’étendre. Ça sent la belle sortie au bord de l’eau, quand tout le monde respecte les mêmes consignes.

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